Il est temps de changer notre disque dur politique !
Je dois avouer que certaines réactions me dépassent. Parfois, j’aime bien m’amuser de certaines sorties, mais je reste profondément étonnée de voir autant d’énergie, de verve et parfois d’agressivité déployées par des personnes qui se présentent comme des experts, des intellectuels et des acteurs expérimentés de la vie politique.
Je voudrais pourtant rappeler une chose : je n’ai aucun problème avec le PDG en tant que formation politique. Je ne conteste absolument pas le droit du Président de la République de recevoir les responsables de tous les partis politiques.
Mon observation portait sur un point précis : la présence de symboles et de discours partisans dans un espace institutionnel comme la Présidence de la République.
C’est cette confusion entre le partisan et le républicain qui m’interpelle. Et compte tenu de notre histoire politique, des combats menés et des espoirs suscités par le 30 août 2023, je considère que nous devons justement apprendre à éviter certaines pratiques.
Mon propos n’est pas de condamner des personnes, encore moins de désigner un parti comme un ennemi. Il s’agit d’attirer l’attention sur des habitudes que nous devons collectivement dépasser.
Ce qui m’étonne davantage, c’est de constater que certains préfèrent mobiliser toute leur énergie pour justifier une pratique plutôt que de se demander si elle contribue réellement à construire la culture institutionnelle que nous souhaitons pour notre pays.
Nous devons arrêter de désorienter ceux qui nous font confiance, y compris nos dirigeants. Un responsable politique n’a pas besoin qu’on lui fasse croire que tout ce qui se fait autour de lui est nécessairement bon. Il a besoin de conseils sincères, de collaborateurs capables d’anticiper, d’alerter et de faire la différence entre ce qui est politiquement avantageux à court terme et ce qui est bon pour la République à long terme.
Il faut également comprendre que le monde a changé. Hier, nous avions principalement la radio, puis la télévision. Aujourd’hui, nous avons Internet, les réseaux sociaux, les médias numériques et une circulation instantanée de l’information. Les images voyagent, les discours sont enregistrés, les actes sont commentés et les citoyens observent.
Les méthodes de communication ont changé. Nos pratiques politiques et nos mentalités doivent également évoluer.
On ne peut pas continuer à fonctionner avec les mêmes réflexes, les mêmes raisonnements et les mêmes habitudes que par le passé, tout en prétendant construire une nouvelle République.
À mes frères et sœurs engagés dans les différentes formations politiques, aux responsables, aux intellectuels et aux organisations : sortons de cette logique où celui qui n’est pas de notre camp devient automatiquement un adversaire.
Sortons de cette culture où toute observation est considérée comme une attaque et où l’on mobilise davantage d’énergie pour défendre les habitudes que pour les améliorer.
Le Gabon n’a pas besoin de nouveaux ennemis politiques. Il a besoin d’une nouvelle culture politique.
Il faut accepter de faire le ménage dans nos pratiques, de remettre en question certains réflexes et surtout de ne pas transmettre aux générations futures les erreurs que nous avons nous-mêmes dénoncées.
Nous ne pouvons pas changer de République tout en conservant le même disque dur !
Le changement ne consiste pas seulement à remplacer les acteurs. Il consiste aussi à transformer les mentalités, les comportements et notre rapport au pouvoir et aux institutions.
C’est dans cet esprit que je prends la parole. Non pas pour diviser, mais pour sensibiliser. Non pas pour combattre une formation politique, mais pour rappeler que la République est au-dessus de nos appartenances partisanes.
Et si nous voulons réellement avancer, il faudra commencer par accepter cette vérité : tout ce qui se faisait hier ne doit pas nécessairement continuer à se faire aujourd’hui.
Justine LEKOGO






