Gabon : quand l’activisme irresponsable banalise le débat national, la république doit agir
De nos jours, le spectacle que nous offrent certains activistes gabonais, à travers des comportements de plus en plus indécents, voire outranciers, ne peut plus laisser indifférent. Cette banalisation de l’invective, de l’humiliation et des accusations parfois sans preuves tangibles doit interpeller notre conscience collective et, plus singulièrement, les plus hautes autorités de la République.
Notre pays traverse une période particulière de son histoire. Le Gabon aspire à ouvrir une nouvelle page, à consolider ses institutions et à restaurer la confiance entre les citoyens et la chose publique. Dans un tel contexte, la qualité de notre débat national n’est pas un détail : elle participe directement de la construction de la République que nous voulons transmettre aux générations futures.
L’activisme citoyen peut être utile à cette construction. Alerter sur une injustice, dénoncer une mauvaise décision, interpeller un responsable ou porter les préoccupations des populations relève pleinement de la participation démocratique. Mais lorsque l’engagement se transforme en insultes, en humiliations, en accusations ou en règlements de comptes, il cesse d’élever le débat et contribue à l’abaisser .
Le plus préoccupant est que certains de ceux qui adoptent ces comportements sont parfois investis de responsabilités publiques ou disposent d’une audience considérable. Dans un pays comme le Gabon, où la parole des personnalités publiques exerce une influence particulière sur la jeunesse et l’opinion, cette responsabilité ne peut être ignorée.
Nous devons refuser que le Gabon devienne une République où l’on crie plus fort pour avoir raison, où l’on accuse avant de démontrer et où l’humiliation devient une méthode de confrontation politique.
Nous pouvons être adversaires politiques sans devenir ennemis. Nous pouvons contester une décision du gouvernement sans remettre en cause la dignité de ceux qui la portent. Nous pouvons dénoncer les insuffisances de l’État sans transformer chaque désaccord en affrontement personnel.
C’est dans cette perspective que la question de la suspension des réseaux sociaux doit être posée avec lucidité.
La persistance des dérives dans notre conversation nationale montre les limites d’une mesure qui ne peut, à elle seule, traiter les causes profondes du problème. Le moment serait peut-être donc venu de regarder la réalité en face : le Gabon doit sortir de la logique de suspension et renforcer durablement la régulation de son espace numérique .
Cette régulation ne doit pas être un simple principe. Elle doit reposer sur des règles précises, des mécanismes de contrôle efficaces et des sanctions clairement définies et appliquées dans le respect de la loi.
Les auteurs de contenus manifestement illégaux doivent pouvoir être identifiés et répondre de leurs actes devant les juridictions compétentes. Les mécanismes de signalement et de traitement des plaintes doivent être renforcés. Les plateformes numériques doivent être davantage responsabilisées dans le respect du cadre légal gabonais. Les victimes de diffamation, de menaces ou de cyberharcèlement doivent pouvoir bénéficier de voies de recours accessibles et rapides.
Il faut également renforcer les capacités des institutions chargées de faire respecter le droit dans l’espace numérique : formation des magistrats, des enquêteurs et des acteurs concernés, amélioration des moyens techniques et coopération avec les plateformes lorsque la loi le permet.
Réguler, c’est donc responsabiliser l’ensemble de l’écosystème numérique : les utilisateurs, les influenceurs, les responsables politiques, les médias, les plateformes et les institutions publiques .
Mais une régulation efficace doit aussi être équilibrée. Elle ne saurait servir de prétexte pour réduire au silence la critique citoyenne ou sanctionner une opinion simplement parce qu’elle dérange. La liberté d’expression, le droit à l’information et le débat contradictoire doivent demeurer protégés.
La frontière doit être claire : on ne sanctionne pas une opinion parce qu’elle est critique ; on sanctionne les comportements et les contenus qui constituent une violation de la loi.
Cette politique doit enfin s’appuyer sur une véritable éducation au numérique. Notre jeunesse doit apprendre à distinguer la critique de l’injure, l’information de la rumeur, le débat de la manipulation et l’engagement citoyen du harcèlement.
Les responsables politiques, les activistes, les journalistes, les influenceurs et toutes les personnes disposant d’une audience importante doivent également prendre conscience de leur responsabilité particulière. Une grande audience donne une capacité d’influence ; elle doit donc s’accompagner d’une exigence accrue de responsabilité.
Le Gabon ne peut pas construire une nouvelle culture démocratique avec les réflexes de l’ancien monde : personnalisation excessive des conflits, procès d’intention, invectives et règlements de comptes.
Notre pays a besoin de débats vigoureux, mais argumentés. De contradictions, mais respectueuses. De citoyens engagés, mais responsables.
La Ve République doit être davantage qu’un changement institutionnel. Elle doit aussi être l’occasion de faire émerger une nouvelle manière de vivre notre citoyenneté et notre rapport à la parole publique.
La République doit agir : non pour faire taire, mais pour faire respecter ; non pour censurer, mais pour responsabiliser ; non pour suspendre indéfiniment, mais plutôt pour réguler efficacement.
Le Gabon a besoin de liberté. Il a besoin de voix critiques. Il a besoin d’une société civile vigilante. Mais il a tout autant besoin de responsabilité, de respect et de dignité.
Car la question qui se pose à nous est finalement simple : quel débat national voulons-nous laisser aux générations futures ?
Celui de l’invective et du spectacle permanent ?
Ou celui d’une République où la parole est libre, mais où chacun assume la responsabilité de ses actes ?
Le Gabon mérite une démocratie où la liberté s’exerce pleinement et où la responsabilité s’applique réellement.
C’est aussi cela, bâtir l’Édifice Nouveau.
Joachim MBATCHI PAMBOU,
Président du Forum Pour la Défense de la République (FDR)
Candidat à l’élection Présidentielle d’août 2023






