François Ndong Obiang, la fin d’une imposture ?

13 octobre 20260
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Depuis deux jours, François Ndong Obiang n’est plus ministre. Le remaniement du 11 octobre 2026 l’a sorti du gouvernement aussi rapidement que les circonstances politiques l’y avaient porté.

Selon RFI, son départ intervient alors que le ministère de la Réforme est soupçonné de modifications clandestines de lois après leur promulgation. L’affaire est d’une extrême gravité. Toucher à un texte promulgué revient à altérer la loi elle-même et à ruiner la sécurité juridique de l’État.

Aucune responsabilité personnelle n’a encore été judiciairement établie dans ce dossier. Mais François Ndong Obiang dirigeait le département ministériel mis en cause. Il lui appartient désormais d’expliquer ce qui s’y est passé, qui a modifié les textes, sur quelles instructions et par quels circuits les versions litigieuses ont pu être publiées.

Celui que ses adversaires politiques surnomment ironiquement « Monseigneur  », en référence à Mgr François Ndong, l’un des premiers évêques gabonais, dont il est l’homonyme, se retrouve désormais à découvert. Son éviction le prive du bouclier politique que lui procurait sa fonction. Dans le même temps, les procédures engagées contre lui dans la crise de Réagir pourraient très rapidement le rattraper.

Les dossiers judiciaires l’attendent

Un reportage de Gabon Media Time TV avait, il y a plusieurs mois, détaillé les accusations portées contre François Ndong Obiang par les dirigeants de Réagir.

Il est poursuivi pour faux, usage de faux — déjà ! — et violation de domicile. Les poursuites portent notamment sur la falsification du cachet du parti et de son papier à en-tête. Trois de ses proches ont également été mis en examen.

Une assignation datée du 21 juillet 2025 concerne l’utilisation du nom, du logo et des emblèmes de Réagir, protégés auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle. Dans la structure parallèle qu’il présidait, le logo du parti a même été modifié par l’ajout d’une torche.

La copie ne se serait pas arrêtée aux symboles et aux attributs de Réagir. Le slogan de l’Union nationale, «  Pas un pas sans l’Union nationale », a été décliné en « Pas un pas sans Réagir ». Au détournement des signes distinctifs du parti s’ajoute une imitation tournée en dérision jusque dans les milieux politiques.

François Ndong Obiang a été exclu de Réagir le 11 novembre 2024. Une décision formelle a été prise et Guy Roger Aurat Reteno l’a remplacé à la tête du parti. Refusant cette exclusion, l’ancien président a maintenu une branche parallèle, pris des décisions au nom de Réagir et continué d’utiliser ses signes distinctifs.

Réagir l’accuse également d’avoir emporté un Toyota Prado appartenant au parti, du mobilier, de la vaisselle et même le chien de garde de l’ancien secrétaire exécutif, Jean-Valentin Leyama. Cette affaire poursuit l’ancien ministre jusque dans les commentaires ironiques suscités par son départ du gouvernement.

Une ascension entièrement fabriquée par les nominations

François Ndong Obiang n’a aucun passé militant connu. Il ne possède aucune implantation électorale et n’a jamais été élu.

Son ascension commence véritablement en mars 2022, lorsqu’il prend, par cooptation, la présidence de Réagir. À l’approche de l’élection présidentielle de 2023, il devient président d’Alternance 2023 dans le cadre d’une présidence tournante.

Il apparaît alors comme un point d’équilibre au sein de la coalition : Réagir ne présente aucun candidat à l’élection présidentielle, contrairement aux autres formations et personnalités engagées dans Alternance 2023, qui portent chacune un projet présidentiel. Cette absence d’ambition déclarée lui permet d’occuper une position centrale entre des partenaires concurrents.

Après le coup d’État du 30 août 2023 et la mise en place des institutions de la Transition, François Ndong Obiang est nommé premier vice-président de l’Assemblée nationale de la Transition.

Quelques mois plus tard, il quitte l’Assemblée nationale pour entrer au gouvernement comme ministre chargé des Réformes et des Relations avec les institutions.

En quelques mois, un homme sans passé militant, sans mandat électif et sans base politique personnelle accède ainsi aux premières places de l’État. Son autorité ne vient ni d’un parti solidement implanté ni du suffrage populaire. Elle repose sur une succession de nominations circonstancielles.

La seule rencontre avec les urnes n’a jamais eu lieu

François Ndong Obiang devait enfin se présenter aux électeurs en septembre 2025, dans le deuxième siège du deuxième arrondissement de Libreville. Sa candidature sous la bannière de Réagir est invalidée par la Cour constitutionnelle le 6 septembre.

Le conflit interne du parti ne permettait plus d’établir l’existence d’une investiture régulière. Toutes les listes déposées au nom de Réagir sont invalidées.

Sa première tentative électorale s’arrête avant même l’ouverture des bureaux de vote. L’homme installé au sommet des institutions par la Transition ne parvient pas à faire inscrire régulièrement son nom sur un bulletin.

Cette invalidation résume son parcours. Monsieur « Monseigneur Je-Sais-Tout », sobriquet inspiré par sa propension à se poser en érudit, aura présidé une coalition électorale sans être candidat à l’élection présidentielle, dirigé un parti dont il a été exclu, occupé de hautes fonctions sans disposer d’une base politique et quitté le gouvernement au moment où son ministère se retrouve cité dans plusieurs affaires de modifications clandestines de lois promulguées.

Son éviction referme trois années d’une ascension fulgurante sans racines. Elle le rend à ses procédures judiciaires et aux explications qu’il devra fournir sur la gestion de son ministère.

L’une de ses adversaires politiques dans le deuxième arrondissement de Libreville résume déjà sa chute d’une formule assassine : « Pourvu qu’il n’emporte pas les voitures du ministère, comme il a emporté le Prado de Réagir ! »

AYAKAM

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