LES LEÇONS DE LA SUSPENSION DE L’ÉGLISE SYNAGOGUE DU GABON (1)
L’affaire de la garde à vue du Prophète Emmanuel Ndzoma fait grand bruit. Elle fait couler beaucoup d’encre et de salive. Les activités de l’église Synagogue du Gabon dont il est le fondateur, sont suspendues par le Ministère de l’Intérieur. Philippe César Boutimba Dietha, dans son libre propos fait état des "leçons de la suspension de cette assemblée.
Mesdames et Messieurs,
Chers compatriotes,
Jeudi 1er septembre dernier, le Ministre de l’intérieur aurait suspendu en toute discrétion, l’Église Synagogue du Gabon (ESG) dirigée par le prophète Emmanuel Ndzoma. Motif : exercice illégale de la médecine. En français facile, il accuse le membre du clergé de charlatanisme. Nous constatons que la décision n’a jamais été publiée, on peut se demander si elle est effective. La preuve c’est que dimanche, des milliers de chrétiens étaient à cette congrégation, et le point de presse des membres du clergé a seulement évoqué les arrestations et les gardes à vue. Mais ce n’est pas le plus important.
Si cette information est fondée, ceux qui connaissent le Gabon savent que Lambert Noël Matha vient de sanctionner là quelqu’un de « chez lui ». C’est forcément une douleur personnelle, c’est surtout un avertissement général. Comme pour dire que s’il peut taper sur sa propre famille, il ne tremblera pas devant qui que ce soit. Les Nzebi disent que le chien qui déchire un morceau de tissu n’en fera pas moins avec un morceau de viande.
Peut-être qu’à partir d’aujourd’hui, nos posters et spots publicitaires seront moins racoleurs que d’habitude. Peut-être que désormais, la loi sur les nuisances sonores sera rigoureusement appliquée. Peut-être qu’il n’y aura plus de veillées de prière dans les quartiers. Peut-être que les prédicateurs sulfureux ne viendront plus souvent au Gabon. Peut-être que tous nos bâtiments d’église devront répondre aux normes en vigueur. Ce qui est certain c’est que la décision du ministre fera jurisprudence aux quatre coins du Gabon. La vie ne sera plus pareille.
Les procédures judiciaires, les reportages journalistiques, les publications Facebook et consorts vont probablement se multiplier. À l’image des insectes attirés par la lumière, contre les églises et contre les pasteurs. Les gouverneurs de province, les préfets de département, les maires, les conseils départementaux et les forces de sécurité ne se feront pas prier pour emprunter le sillon tracé par le gouvernement.
Toutefois, la décision du ministre de l’Intérieur concerne la congrégation ESG et non les membres du clergé ESG. Le ministre n’a pas dit que le prophète Emmanuel Ndzoma ne devrait plus prêcher, il a fermé l’église. Ce qui donne droit au ministre du culte de continuer à fréquenter d’autres congrégations.
Nous découvrons enfin que pour la première fois depuis 2009, l’opposition radicale applaudit haut et fort une décision du ministre de l’intérieur. Nous constatons que ce changement arrive une semaine après que les populations du département de la Sebe Brikolo ont surpris des ritualistes allochtones faisant des invocations dans une forêt gabonaise. Coïncidence fortuite ?
Libreville, le 05 septembre 2022
Philippe César BOUTIMBA DIETHA






