"La classe politique gabonaise à l’ère de la sobriété médiatique"P.C Boutimba Dietha
Mesdames et Messieurs, Chers compatriotes,
À neuf mois de la fin de son deuxième mandat, le chef de l’État gabonais n’a pas encore entrepris sa traditionnelle tournée républicaine. Oui, Ali Bongo Ondimba fait la randonnée des chefs-lieux de province, mais pour surveiller la progression des chantiers.
Pour l’instant il ne reçoit pas les masses populaires de l’arrière-pays, et il ne tient aucune audience foraine où des notables viennent lui exposer les manquements de nos territoires. Pourtant les sujets de conversation ne manquent pas. Avant tout, le bilan de fin de parcours de son ambitieux Plan Stratégique Gabon Émergent (PSGE).
À 37 mois de la date butoir du 31 décembre 2025, personne ne va expliquer dans nos quartiers et villages la courbe évolutive du triptyque « Gabon Vert, Gabon Industriel et Gabon des Services ».
1. À défaut d’une tournée républicaine (très onéreuse par les temps qui courent), le pouvoir politique pourrait se soumettre à une émission équivalent aux « Dossiers de la RTG » des années 1980. Un plateau où l’exécutif et le parlement (et pourquoi pas ?) viendraient justifier les décisions et les votations les plus impopulaires de notre histoire politique.
Pourquoi avoir dépénalisé l’adultère et l’homosexualité au Gabon ? Pourquoi avoir cassé le statut de chef de famille dans le code civil gabonais ? Pourquoi avoir refusé de publier les conclusions de l’enquête parlementaire sur la gestion de la crise sanitaire de la Covid-19 ? Pourquoi les prestations sont-elles aussi coûteuses à Jeanne Ebori ?
2. Aujourd’hui l’ambitieux programme GRAINE est un sujet tabou dans les discours politiques, son intitulé a d’ailleurs disparu de la nomenclature du ministère de l’Agriculture. Pourtant, il y a dix ans, le gouvernement avait dégagé 10 mille hectares de terre pour les cultures vivrières, et 10.500 hectares supplémentaires pour le palmier à huile, dans six provinces du pays.
Malheureusement aujourd’hui, la seule activité qui s’impose est l’élaéiculture, pour un résultat imperceptible dans le panier de la ménagère : il n’y a pas d’huile végétale à bas prix sur le marché.
Le 11 décembre 2013, le gouvernement de la République avait signé avec la Banque Africaine de Développement un Projet d’Appui au Programme Graine phase I (PAPG1) qui prendra fin le 31 décembre 2023. Neuf ans plus tard, les fruits des 76 milliards de francs CFA sont invisibles à Ndzomoe, à Aboumi, à Achouka, à Bilengui, à Moulengui Bindza, à Batouala, à Popa, à Igotchi et à Bolossoville. Aucune infrastructure rurale n’a été développée à Guietsou, à Nèbe ou à Rinandzala.
Les capacités des villageois en entreprenariat agricole n’ont jamais été renforcées à Sette-Cama, à Eboro ou à Mayani. Peu de gens y prêtent vraiment attention mais avec le vieillissement des paysans éduqués au « sur brûlis », nos villages sont entrain de crever littéralement de faim, une des causes de l’explosion des prix à l’étalage.
La Gestion du Projet GRAINE est totalement inconnue des habitants de Koumameyong, Ndjolé-Pouvi et Ngoungui. Bizarrement aucun agent du ministère de l’agriculture n’a jamais été présenté devant les tribunaux, contrairement à ce qui s’était passé au département de l’habitat. Deux poids, deux mesures.
3. Les Gabonais n’ont aucun interlocuteur politique sur le piétinement de la Transgabonaise, l’arrêt des chantiers des 5 mille logements par an, la non multiplication des écoles, des lycées et collèges et des universités, les migrations massives de nos jeunes bacheliers vers l’étranger, l’université Rose Francine Rogombé qui n’a toujours pas démarré depuis 7 ans, la destination de la part d’héritage du Président Ali (attribuée de son propre chef au peuple gabonais le 16 août 2015), la corruption endémique dans l’administration publique, la vie chère, les loyers non payés aux propriétaires immobiliers, les voiries urbaines, les pensions des retraités, les services rendus, le gel des recrutements à la fonction publique, les postes budgétaires, le reclassement des fonctionnaires, les arrêtés qui remplacent les décrets de nomination, le chômage massif, le choix de l’anglais comme deuxième langue officielle, la disparition des CDI dans le secteur privé, les secteurs économiques inaccessibles aux gabonais d’origine, les délestages électriques, la disparition de l’eau potable dans le « Vieux Libreville », l’absence des registres d’État-civil dans certaines mairies et préfectures, la dette de l’État envers les entreprises, l’immigration clandestine, le plateau technique de nos services hospitaliers, la mort de la BGD, l’agonie de la PostBank et les difficultés de la CNSS et de la CNAMGS.
En attendant la tournée républicaine du président et les kermesses électorales de 2023, les transistors restent allumés à Moukabou, Kélé et Malinga, dans l’espoir de suivre d’hypothétiques nouveaux « dossiers de la RTG ». Les nzebi disent que l’enfant qui crève de faim surveille toutes les cuisines des femmes de son père.
Libreville, le 1er décembre 2022
Philippe César BOUTIMBA DIETHA






